Si vous préférez lire qu’écouter une vidéo, voici la transcription des informations fournies.

Chloé Robidoux, psychoéducatrice et art-thérapeute 

Bonjour à toutes et à tous,

Je me présente : je m’appelle Chloé Robidoux, je suis psychoéducatrice et art-thérapeute à la Clinique Connexion. Je suis aussi la maman de 3 enfants, âgés de 11, 9 et 6 ans.

Aujourd’hui, nous allons aborder le premier sujet qui a remporté plus de 50% des votes lors du sondage en ligne : l’estime de soi chez les enfants de 0-5 ans. Cela ne m’étonne pas beaucoup car  la grande majorité des parents souhaitent que leurs enfants soient heureux. L’estime de soi est primordial pour la motivation et est aussi un moteur de réussite. C’est pourquoi nous devons aider nos enfants, dès leur naissance, à développer une conscience de leur valeur personnelle.

L’objectif de cet article est de vous donner des informations et conseils pour vous aider comme parent à améliorer l’estime de soi chez vos tout-petits. Par la suite, il y aura une rencontre « live », où je pourrai répondre à vos questions et approfondir certaines notions. Cette rencontre aura lieu le vendredi, 23 avril 2021, de 12h à 13h.

Je n’ai pas la prétention d’avoir toutes les solutions miracles et vous savez comme moi, combien de conseils on peut retrouver dans les livres ou sur Internet à ce sujet. Parfois, comme parent, on ne sait plus sur quel pied danser tellement il y a d’informations et de conseils à notre disposition. On oublie presque qu’être parent, ça ne devrait pas être aussi compliqué! On se met beaucoup de pression à savoir si ce qu’on fait ou dit affecte l’estime de nos tout-petits.

Avec cet article,  je ne veux surtout pas vous ajouter de pression mais plutôt vous faire réaliser que vous avez sûrement les réponses en vous et que vous en faites déjà beaucoup pour favoriser l’estime de vos enfants. Il se peut aussi que vous ayez des inquiétudes et pensez que votre enfant a une faible estime de lui. Sachez qu’il n’est jamais trop tard pour changer d’approche et ainsi valoriser d’avantage l’estime de votre enfant.

N’oubliez pas aussi que chaque enfant est unique, chaque famille est unique, chaque parent et couple sont uniques. On arrive tous avec notre bagage, nos propres blessures, nos valeurs, notre culture, notre passé, notre personnalité, etc. C’est pourquoi il n’y a pas de recette magique mais plutôt des outils et de l’information pour vous amener à réfléchir et à améliorer vos relations avec vos tout-petits.

Donc, sans plus tarder, allons-y!

Qu’est-ce que l’estime de soi?

On peut définir l’estime de soi comme la façon dont se perçoit un individu, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur et dans différents domaines de sa vie. C’est la valeur qu’on se donne comme individu, c’est aussi s’aimer et s’accepter avec les qualités et les défauts que nous portons. Les plus petits, puisqu’ils n’ont pas la capacité de faire de l’introspection, vont démontrer une bonne estime de soi en montrant leur fierté face à qui ils sont ou face à leurs actions. Le développement d’une bonne estime de soi commence dès la grossesse et se poursuit durant la petite enfance, alors qu’un lien affectif s’établit entre le bébé et ses parents.

Dès la naissance, le sentiment intérieur d’être important se construit. Par exemple, quand votre enfant pleure et que vous allez le voir, lui parler, le cajoler et que vous répondez à ses besoin de base, cela lui démontre qu’il est important et que vous l’aimez. Vers 2 ans, l’enfant commence à s’opposer et s’affirmer (le fameux « terrible two »). Cela lui permet de faire des choix, ce qui construit son sentiment intérieur d’être capable. Vers 4 ans, il commence à se pavaner et déclarer « regarde comme je suis beau (bonne)!», on lui reconnaît une valeur en tant que garçon/fille et cela construit son sentiment intérieur d’être suffisamment intéressant pour prendre sa place. Vers 6 ans débute l’apprentissage intellectuel. On lui souligne alors ses capacités réelles et cela construit son sentiment intérieur d’être compétent.

Donc comme vous pouvez le voir, on ne naît pas avec une super estime de soi! On la construit au fil des différentes étapes de développement de notre vie grâce à la qualité des relations avec les personnes significatives qui nous entourent.

En effet, chez les petits, un enfant apprend principalement à s’aimer et à se connaître par la rétroaction qu’il reçoit des gens qui l’entourent (parent, amis, fratrie, éducatrices ou enseignantes, grand-parents). Chez les enfants plus âgés, ce sont les expériences sociales ainsi que les réussites et les déceptions qui déterminent le développement d’une bonne ou d’une faible estime de soi.

Une bonne estime de soi est essentielle au développement d’un enfant. Mais il peut arriver que, même en ayant une bonne estime de soi, un enfant doute de lui-même de temps en temps. De plus, l’estime de soi peut se modifier, augmenter ou diminuer temporairement au cours de notre vie, selon les multiples expériences que nous traversons.

Pourquoi est-ce si important l’estime de soi?

C’est important car cela détermine comment on se perçoit. Les gens qui ont une bonne estime d’eux-même sont généralement plus heureux que les autres. Est-ce que je m’aime? Suis-je capable d’être fier de moi et de mes réussites ? Est-ce que j’ose faire face aux défis que je rencontre? Est-ce que je m’affirme et prend ma place? Ai-je confiance en moi? Ai-je des amis et des relations satisfaisantes? Bref, l’estime de soi englobe ma capacité à m’affirmer, à m’aimer, à me faire confiance, à entrer en relation avec les autres, etc. Si j’ai une faible estime de moi, cela risque d’avoir des répercussions dans différentes sphères de ma vie.

Comment est-ce que vous savez si votre enfant a une bonne estime de lui ou pas? Comment ça se manifeste?

Un tout-petit qui a une bonne estime de soi peut :

  • se sentir en sécurité et détendu;
  • être fier de ses réussites et de ses actions;
  • se sentir aimé par les gens autour de lui;
  • faire des choix;
  • être bien dans son corps;
  • avoir la conviction d’être capable;
  • avoir la conviction d’être aimable;
  • être à l’aise avec les autres;
  • exprimer ses besoins, ses sentiments, ses idées et ses préférences;
  • oser prendre de petits risques et se donner le droit à l’erreur;
  • se faire confiance et faire confiance aux autres;
  • se faire respecter.
  • être heureux;
  • se faire des amis facilement;
  • prendre plaisir aux activités sociales;
  • aimer essayer de nouvelles activités;
  • jouer seul et avec d’autres enfants;
  • aimer être créatif et avoir ses propres idées;
  • être à l’aise de parler aux autres sans trop d’encouragement.

Plus votre enfant s’estime positivement, plus il aura de chance d’être heureux dans différentes sphères de sa vie (école, travail, amitiés, amour). Cependant, l’estime de soi n’est pas statique. Elle est fragile et va varier tout au long de notre vie, selon nos réussites ou nos échecs. Mais si la base est solide, si mon enfant a une bonne estime de soi depuis qu’il est tout petit, il aura moins de chance de souffrir à plus long terme (ex : dépression, décrochage scolaire, troubles de comportement, etc.)

Un problème d’estime de soi devient inquiétant quand il se manifeste de façon très intense, fréquemment et dans des contextes différents. Si votre enfant verbalise de plus en plus qu’il est nul ou pas capable, s’il a une attitude défaitiste,  une humeur de plus en plus triste ou renfermée, il peut être pertinent d’aller consulter un professionnel pour voir ce qui se cache derrière sa faible estime de lui-même.

Qu’est-ce qui peut nuire à l’estime de soi des enfants?

Beaucoup de choses peuvent nuire à l’estime de soi de votre enfant. Voici quelques exemples :

Le ridiculiser, le critiquer, l’humilier ou le punir s’il n’a pas réussi quelque chose, avoir des attentes élevées, s’attendre à ce qu’il soit parfait et qu’il réussisse dans tout, se désintéresser à ce qu’il fait, focusser sur le négatif plus que sur le positif, le comparer à ses frères et sœurs ou d’autres enfants que vous connaissez, lui attribuer des étiquettes (attention à ce que vous dites à son sujet et de l’opinion que vous avez sur lui, par exemple: « C’est un monstre! »,  « Tu n’es pas gentil! », « Il me rend folle! », « Il n’écoute jamais! »,  « Il est toujours de mauvaise humeur! » (les toujours et les jamais rendent les enfants impuissants et les empêchent de changer), être violent envers lui (ex : insulter, rabaisser, frapper) ou le rendre témoin de violence conjugale, le surprotéger, ne pas être attentif quand il vous parle ou ne pas vous montrer intéressé par ce qu’il vous raconte, les fausses promesses ou lui mentir, etc.

Soyez rassuré! Il nous arrive tous à un moment ou un autre d’être fatigué, d’être tanné de répéter ou d’entendre crier/parler/chigner et de finir par perdre patience,. Dans ces moments, on peut dire ou poser un geste que nous allons regretter par la suite. Est-ce que cela veut dire que mon enfant aura une faible estime de soi jusqu’à la fin de ses jours? Non, pas du tout. En fait, tout est une question d’équilibre. S’emporter de temps en temps, c’est humain. Et ce n’est pas mauvais en soit d’être humain et imparfait. C’est d’ailleurs ce à quoi nous devons nous attendre de nos enfants : qu’ils soient humains et imparfaits. Tant et aussi longtemps que le reste du temps, mon enfant a une vie remplie d’amour et de bienveillance, il devrait bien s’en sortir. Cependant, s’il vit régulièrement des choses qui peuvent nuire à son estime de soi, cela aura sûrement des répercussions à long terme sur son bien-être.

Conseils pour développer l’estime chez les tout-petits.

  • Respecter le rythme de votre enfant.
  • Établir une routine et la respecter le plus possible
  • Leur donner le droit à l’erreur, les laisser expérimenter
  • Accepter les faiblesses de son enfant et connaître ses forces
  • Faire preuve d’empathie et de chaleur humaine
  • Cultiver l’espoir (aujourd’hui, tu as fait un mauvais choix, mais demain tu pourras faire un meilleur choix)
  • Donner l’exemple (est-ce que vous vous aimez? le montrez-vous? comment?)
  • Afficher leurs créations même si c’est un barbeau, dites ce que vous aimez de leur création (couleurs, mouvement, l’expression, ce que ça représente, etc.)
  • Nourrir leurs bonnes actions, se centrer sur ce qu’ils font de bon plutôt que de se concentrer sur le négatif
  • Éviter de réprimander devant les autres
  • Prévoir du temps de qualité avec chacun de vos enfants. Parfois, on se dit « j’ai pas envie de jouer aux poupées ou aux camions. Ça ne me tente pas d’aller jouer dehors avec lui… » Trouver une activité que vous allez aussi apprécier, est tout aussi important. La connexion va être beaucoup plus nourrissante et plaisante si vous faite une activité que vous aimez et que votre enfant aime.
  • Souligner la bonne conduite, plutôt que de réprimander chaque mauvais comportement. À long terme, c’est plus efficace de souligner à votre enfant « Bravo! Tu es resté assis 5 minutes sur ta chaise pendant l’heure du repas » plutôt que de lui dire sans arrêt, « arrête de te lever! Si tu continues, je vais t’enlever ton assiette, tu vas aller te coucher ou t’auras pas de dessert! ». Cette approche de renforcement positif est plus efficace au niveau de l’intervention et aussi plus valorisant pour l’enfant.
  • Faire un câlin senti de quelques secondes à tous les jours, de façon gratuite (pas nécessairement parce qu’il a fait quelque chose de bien).
  • Les encourager à développer le meilleur d’eux-mêmes, à développer leur autonomie, à faire leur propre choix et assumer leurs erreurs. (vs être toujours derrière eux pour éviter qu’ils fassent des erreurs et qu’ils souffrent de celles-ci).
  • Les accepter tels qu’ils sont.
  • Se rappeler que chaque enfant a des besoins propre à lui-même. Quand on a plus d’un enfant, il est préférable d’être équitable plutôt qu’être égalitaire pour tous.

Idées d’activités :

  • Avoir un pot des bons coups : dans un pot masson, inscrire les bons coups, les forces ou qualités de votre enfant, ce qu’il fait de bien, une bonne action, une réussite, ce que vous aimez de lui, etc. Essayer d’en mettre le plus souvent possible (pas obligé que ce soit tous les jours). Quand il a une mauvaise journée ou une-deux fois par année, regarder le pot masson. De voir qu’il est rempli montre à votre enfant visuellement combien vous êtes fière de lui. Ça peut être très gratifiant.
  • Écrire une lettre à son enfant, lui dire pourquoi vous l’aimez? Ce qu’il vous apporte?
  • Cœurs sur la porte à la St-Valentin : dès le 1er février, coller un cœur sur la porte de chambre de votre enfant, à chaque jour avec une de ses qualités, et ce, jusqu’au 14 février. Vous pouvez continuer si vous le souhaitez évidemment.
  • Sur Internet (ex : Pinterest), il y a plusieurs autres activités pour mettre en valeur l’estime des enfants.

J’espère que cet article vous a plu. Le vendredi, 23 avril 2021, de 12h à 13h, je ferai une rencontre sur Zoom où je prendrai le temps de répondre à vos questions et de vous montrer certains outils favorisant l’estime de soi. Lors de cette rencontre, il y aura aussi le tirage d’un livre qui vous permettra d’intégrer, à l’aide d’exercices, certaines notions théoriques concernant l’estime de soi chez les tout-petits.

Voici quelques suggestions pour vous préparer à notre rencontre :

  • Quelle est votre définition personnelle de l’estime de soi?
  • Indiquez un ou deux questionnements/inquiétudes auxquels vous aimeriez obtenir une réponse avec le thème de cette vidéo.
  • Décrivez sous forme de liste ce que vous faites auprès de vos enfants pour favoriser leur estime. Je suis certaine que vous en faites déjà beaucoup!

 

Références

Doyon, N. (2015). 15 façons de nourrir l’estime de soi de nos enfants.[Page Web]. Consulté le 19 mars 2021 à https://www.sosnancy.com/15-facons-de-nourrir-lestime-de-soi-de-nos-enfants/

Duclos, G. (2000). L’Estime de soi, un passeport pour la vie. Montréal : Hôpital Sainte-Justine.

Équipe Naître et grandir (2016). L’estime de soi chez les enfants.[Page Web]. Consulté le 26 février 2021 à https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/comportement/fiche.aspx?doc=ik-naitre-grandir-comment-batir-confiance-estime-de-soi-enfant

Intervention Enfance Famille (2004). Guide-ressources pour favoriser la croissance des enfants. 5e livret : l’estime de soi. Montréal : Les Services d’aide à la famille juive de l’Institut Baron de Hirsch.

Laporte, D. (2017). Pour favoriser l’estime de soi des tout-petits : guide pratique à l’intention des parents de 0 à 6 ans. Montréal : Éditions du CHU Sainte-Justine.